Ce qui te ressemble

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Vois ce qui te ressemble et jamais ne l’oublie !

Un sillon dans la terre que l’orage émeut, un horizon aux rigoles fertiles et au sein mystérieux.Les dragons noir et rouge dorment paisibles sous ton corps cryptique. Les dragons blanc et or attendent à leurs portes les braves comme les fous.

Un royaume martial aux gouffres insondables, des couloirs de lave, innombrables veines incandescentes dévorant ta chair. Un monde de douceur à la face du soleil, ses délicieux rayons de miel entre les doigts des enfants.

Des nuits où l’on entend s’entrechoquer les glaives sur tes plaines désertes, des brumes qui à longs plis enroulent les ombres de leur voile mortuaire. Pour consoler les âmes perdues, des nuits aux flancs laiteux, des étoiles à souffler comme poussières des vœux.

C’est là que rugissent les mers quand au vent elles livrent leurs corps, quand leurs ventres affamés s’en vont blanchir les os des naufragés. C’est là qu’expire l’océan quand la lune emporte la tourmente, tes rivages sont las des assauts répétés.

Vois ce qui te ressemble. Toi le géant à la grâce sublime. Un chêne tu déracines, un brin d’avoine tu épargnes.

L’oriflamme belliqueuse claque sur les nefs aux voiles déployées comme l’esprit ardent éclate sur ton front. Comme ton auguste regard transcende, la rafale noire et brusque d’une nuée de corbeaux dans un éther bleu. Au sol conquis, l’épée fichée.

Aux armes animales, le sang. Les arcanes fabuleux des sorciers pour animer les entrailles des caveaux infernaux. Pour te relever, mon guerrier exténué, le chatoiement des ondes enchanteresses, ces divines liqueurs à l’ombre des lourdes ramures.

Le visage d’une citée immaculée, au port altier, sur les montagnes tourmentées. Le nez droit de la tour d’argent. Les lézardes, les ciselures, le chêne de sa bouche percée par deux anneaux d’airain. Son regard embrasse ton monde, mille sentinelles aux créneaux de sa tiare de marbre.

Les hommes libres, les aliénés, le fracas des cors pour les rassembler. Les vierges dociles, les lascives sybarites, la cadence des tambours pour les exalter. Plus noble que les orbes astrales, plus retentissant qu’une nuée d’apocalypse, ton peuple triomphe, chante le verbe des bardes, au timbre envoutant des harpes, dans le silence déférent de l’Univers.

Vois Aimé ce que mes yeux voient. Laisse-nous là-bas, laisse-moi en toi.

J’ai ouvert ta poitrine pour y déposer le fruit vermeil arraché à mon giron. A l’unisson ces aubiers gonflés d’amour pourront-ils battre, dussions-nous empoigner nos plaies béantes.